Eiffel : « On n’a fait aucun compromis musicaux ! »

Eiffel au Festival les Aventuriers

Cette année Noël est tombé le 18 décembre pour moi puisque j’ai eu le privilège de pouvoir rencontrer les membres d’Eiffel quelques heures avant leur concert donné à Fontenay-sous-Bois dans le cadre du Festival les Aventuriers. Où il est question de leur album A tout moment, de la tournée à venir, de leurs clips, du téléchargement illégal et des BB Brunes.

DB : Comment ça se passe cette tournée ?

Romain : On termine la pré-tournée demain ! Mais ça veut dire vrais concerts. C’est juste que l’on a dû annuler la pré-tournée qu’on avait prévue cet été parce qu’on a signé assez tard avec Pias et que du coup il nous a fallu terminer l’album rapidement. Maintenant on va tourner tout 2010. On a 27 concerts de confirmés d’ici mars mais on devrait faire une centaine de dates en tout. On a pour idée de clôturer cette tournée-là dans le même esprit que pour Le ¼ d’heure des ahuris avec une formation un peu particulière et des invités. Donc en 2011 on pourrait bien faire une dizaine de dates dans des lieux un peu particuliers et avec un peu plus d’acoustique…

DB : Que représente pour vous cette participation au Festival les Aventuriers de Fontenay-sous-Bois ?

Romain : On découvre un peu en fait. On avait juste entendu parler de la tournée des Aventuriers (avec Alain Bashung, Cali, Raphaël, Jean-Louis Aubert et Richard Kolinka). Tout ce qu’on sait c’est qu’on devrait jouer un peu plus d’une heure ce soir.

DB : Comment est-ce que vous déterminez votre set-list ?

Romain : On ne veut pas faire un simple enchainement de titres, on essaye de bâtir quelque chose sans que ça soit non plus trop intello. On ne veut pas trop toucher à notre set-list sur cette pré-tournée pour pouvoir ensuite la varier éventuellement plus tard. Ca nous permet de nous chauffer. En général on fait des concerts d’1h40 en ce moment, sauf sur les festivals justement…

DB : Tu avais laissé entendre à la sortie d’A tout moment que beaucoup de titres pourraient sonner différemment sur scène. Qu’en est-il ?

Romain : Pas pour l’instant. En fait j’avais dit que je ne savais pas encore comment on allait mettre en son sur scène cet album mais qu’on voulait garder la même humeur. Pour le moment les morceaux rentre-dedans sont rentre-dedans, etc. Cela se fera petit à petit en 2010 ou plus sûrement en 2011. Par exemple ça serait bien de jouer Bigger Than The Biggest tranquille en acoustique, Ma blonde en métal !

DB : Sur le double-live Les yeux fermés, certains titres sont joués dans des versions (très) rallongées…

Nicolas : Douce adolescence on l’a fait duré jusqu’à 20 minutes, mais on ne le joue plus.

Estelle : On en a trop, il faut choisir et en jouer d’autres à la place de ceux que l’on a trop joués.

DB : Et pour le dernier album, comment on détermine quels titres jouer ?

Romain : Le but c’est de tous les jouer. Pour le moment on en joue 9 sur 12, c’est pas mal. Puis on va monter Clash, Nous sommes du hasard et Ma nébuleuse mélancolique. C’est un équilibre d’humeurs mélangées aux anciens titres, une envie de chacun des membres du groupe et puis une réalisation tout bêtement. Puis il ne faut pas oublier qu’à chaque fois il y a des gens qui nous découvrent, pour qui c’est le premier album, donc il faut arriver à mélanger le tout. Et comme ce disque-là part un peu mieux que les autres (au niveau du ¼ d’heure des ahuris), on a aussi un nouveau public. On veut éviter le titre incontournable joué en radio, même si évidemment ça aide.

DB : Le disque marche fort, avec de nombreux passages radio et TV.

Romain : Tant mieux, et en plus on n’a fait aucun compromis musicaux !

DB : A tout moment marque le retour de Nicolas à la batterie. Est-ce que c’est difficile de gérer un batteur ?

Romain : Emiliano est parti avec Jeanne Chéral. Ce n’est pas la guerre mais on ne se parle plus.

Nicolas : Ca a été un concours de circonstances. On s’est recroisé il y a deux ans. On a rejoué ensemble sur un festival et on est reparti de manière totalement naturelle. A l’époque où j’ai quitté le groupe on avait déjà passé de nombreuses années ensemble et moi j’avais envie de faire pleins d’autres choses musicalement. Je voyais la fin du truc et c’est aujourd’hui un renouveau.

Romain : C’est génial parce que Nico a monté le noyau dur groupe avec Estelle et moi (à l’époque d’Oobick & The Pucks). A la base c’est une histoire qui commence en 1995/1996 avec lui et qui a durée jusqu’en 2002. Jusqu’en 2007 chacun a fait ses trucs, sans jamais se friter. Ca parait donc ultra-naturel de jouer aujourd’hui avec lui.

DB : Et dans le même temps Estelle passe à la basse. Si la pression a due être forte pendant l’enregistrement du disque, ça doit être pire sur scène !

Romain : Pire (rire) !

Estelle : En fait je suis carrément super à l’aise, plus encore qu’avec la guitare. J’ai commencé à en faire lors de l’enregistrement d’un morceau puis je leur ai dit que je voulais rester à la basse. Ca ne m’empêche d’ailleurs pas de continuer à jouer du clavier sur scène. C’est un peu compliqué puisque cela demande parfois de mettre les basses au clavier ou alors lors de certains morceaux le guitariste prend ma basse. Mais on arrive à un équilibre assez facilement.

Romain : Eiffel ça a un côté très rock, guitares saturées, etc., mais c’est aussi beaucoup d’arrangements que l’on peut insuffler sur scène grâce notamment aux claviers.

DB : Dernier (nouveau) membre du groupe : Nicolas Bonnière. Qu’est-ce que ça apporte à Eiffel de jouer aujourd’hui avec deux guitaristes sur scène ?

Romain : Hormis certains titres comme Douce adolescence par exemple, il n’y a jamais eu trop de lead-guitare dans Eiffel. Le fait que Nicolas ait une palette sonore beaucoup plus large que moi, ça me permet d’avoir un jeu simplifié sur scène. C’est aussi un mec qui manipule tout ce qui est largeur d’espace et donc il peut ouvrir Eiffel comme il veut, mais pas dans le sens où il fait des solos tout le temps. En fait il prend parfois le dessus mais souvent c’est un mélange des deux guitares. On adore ça ! On travaille ensemble depuis mai dernier mais en fait on se connait depuis 10 ans.

Estelle : A l’époque où on tournait avec Dolly.

Romain : Humainement c’est un mec génial, à la fois très exigeant et très cool. Pour la suite, tout est ouvert.

Tous en cœur : Il fait partie d’Eiffel !

DB : A chaque concert il y a les incontournables, comme Sombre ou Hype, c’est une demande du public ?

Estelle : On sait très bien que les gens vont les demander et puis nous on aime bien les jouer ! Du coup ça reste.

Romain : D’avoir des points de repère dans un set c’est important, mais en même temps c’est toujours différent. Il faut avoir du « très sûr » puis des incertitudes autour.

DB : Le téléchargement massif nuit énormément aux artistes aujourd’hui, quel est votre regard face à cette problématique ?

Estelle : On est très téléchargé.

Romain : Rien que sur Mininova, on sait qu’on a été téléchargé 10000 fois ! Mais bon, on a vendu 16000 albums pour le moment (et non pas 30000 comme c’est parfois écrit, ce chiffre correspondant au nombre de disques mis en vente dans les bacs), ce qui est déjà génial en trois mois…

Nicolas : … et tu multiplies ce chiffre par trois pour obtenir ce qu’on aurait vendu il y a 5 ans. On le vérifie parce que les salles dans lesquelles on joue sont souvent remplies et tous ces gens n’ont pas acheté l’album.

Romain : Là je pense qu’il y a 60000 personnes qui ont notre disque. En téléchargement payant, sur iTunes et mes couilles, on a dû vendre 400 albums !

Estelle : A un moment, on s’est préparé à éventuellement vendre nous-mêmes nos albums si personne ne nous signait.

Romain : Mais pas par plaisir. Personnellement je trouve très bien l’idée que l’on puisse se vendre, mais ce qui est affreux c’est que la musique se vende aussi cher. Je ne suis pas pour le téléchargement illégal, je suis pour que les disques se vendent moins cher. Sinon dans 10 ans plus personne ne fera de musique parce que plus personne ne pourra croûter !

DB : Il pourrait y avoir une version collector d’A tout moment qui sorte prochainement ?

Estelle : En fait il pourrait y avoir plein de truc, mais on n’a juste pas le temps ! Il y a plein d’inédits, d’images que l’on pourrait exploiter mais il faudrait s’arrêter pendant cinq mois de tourner.

Romain : Ceux qui le font très bien c’est ceux qui prennent le temps. Il y a des artistes qui vendent des DVD avec leur dernier CD live, tout ça parce qu’un mec les a filmé en caméra DV, mais il n’y a pas de fil conducteur et au final t’en vends une misère. Nous on a quelqu’un qui nous suit en tournée, on a par exemple déjà cinq concerts de filmés. Après on essaiera de raconter quelque chose, une histoire qui reste dans 10 ans. On a envie de faire quelque chose de bien. Quant aux inédits dont parlait Estelle ce sont des titres qui datent de l’époque d’EMI, de Warner, donc ça va demander des démarches chiantes.

DB : Combien coûte un album comme A tout moment à réaliser ?

Romain : 50000 euros, et il sera rentabilisé à partir du moment où 25000 disques auront été vendus. L’album a été réalisé dans notre propre studio mais le tarif aurait été bien différent si on avait dû louer un studio avec un ingénieur du son, un réalisateur, etc. En fait je pense qu’on a fait un disque qui valait 120000 euros mais après il a fallu le vendre et on est donc arrivé à 50000 euros.

Estelle : On aurait aussi pu prendre un quatuor à corde, mais on a fait tout ça sans budget, avec un pote (Joe Doherty) qui fait tout à lui tout seul. Ca prend plus de temps à enregistrer mais c’est évidemment revenu moins cher et on a pu avoir des arrangements corde sur l’album.

Romain : On a fait un album à nos frais, sans bosser à côté. Au bout d’un an, une maison de disque a daigné nous signer et cela a permis de générer des cachets pour tout le monde et de s’y retrouver par rapport au studio où l’on a beaucoup investi.

DB : Sur A tout moment il y a une mise en musique d’un poème de François Villon. C’était déjà le cas pour un texte de Boris Vian auparavant. D’où vous est venue cette idée ?

Romain : Pour Vian c’était parce qu’on avait la version de Je n’voudrais pas crever lue par Pierre Brasseur, géniale, et on s’était dit qu’on pouvait mettre de la musique dessus. Quant à Mort j’appelle, c’est parce que je lisais un livre génial de Jean Teulé que m’a offert mon père, Je François Villon. Je connaissais très peu et la manière dont arrive ce poème dans le bouquin de Jean Teulé, ça donne envie d’en faire quelque chose. Au tout début d’Eiffel j’avais essayé de faire un truc avec des petites annonces. L’idée c’était d’insérer des choses du passé, ça met en perspective l’ensemble. Mettre du Villon dans un album où il y a « à tout moment la rue peut aussi dire non » ou « la promesse au pays d’un pitbull au Fouquet’s » où là on est complètement dans l’actualité, ça met vraiment en perspective, moi c’est ce qui me plait en tout cas chez les grands artistes comme Bowie, Franck Black, les Beatles.

DB : Quel sera le prochain extrait de l’album ?

Romain : Ecoute, là on vient de terminer un clip à 3h du matin, Sous ton aile, par l’équipe qui suit Stuck In The Sound. On avait un peu foiré A tout moment la rue parce qu’il n’y avait pas tout ce qu’on avait prévu dedans. En fait on le voulait encore plus « space » que ça ! On ne voulait surtout pas paraphraser le texte ou être dans le trip « rock français » qui nous casse les couilles. Cette vidéo est peut-être space mais on a évité le kéfié, le poing levé, le T-shirt Che Guevara, etc.

DB : Rejouer des titres d’Oobik c’est possible aujourd’hui ?

Nicolas : On évoque des fois la possibilité de refaire un titre.

Romain : Ca serait bien. Personnellement, l’avis que j’ai sur ce disque ne cesse de changer avec le temps. Maintenant je commence à mieux le vivre. C’était assez inconscient. Quand je vois aujourd’hui les précautions que prennent des groupes comme Naast, les Plasticines ou Second Sex quant à leur look et leurs réseaux, nous au même âge on était sacrément libres !

Nicolas : Ca a été une super expérience, même si ça s’est terminé en eau de boudin… On ne se posait absolument aucune question !

Romain : Et c’est pareil aujourd’hui, sinon on ne chanterait plus une chanson comme Hype qui est ouvertement adressée à une sorte de branchitude parisienne, un milieu qui nous fait chier. D’ailleurs, on a beaucoup de détracteurs, ce qui permet de labourer !

DB : Que pensez-vous de cette nouvelle scène rock française ?

Estelle : Créer un courant exprès pour eux, qui est assez artificiel, c’est bizarre. Mais là dedans y’en a qui sont supers et d’autres qui devraient faire des p’tits tremplins dans leur coin, qu’on leur foute la paix.

Romain : Ce sont finalement les BB Brunes qui marchent le mieux et il y a sûrement une raison à ça. Dans leur genre ils sont bons. J’ai entendu deux ou trois trucs d’eux et je trouve ça vachement bien que ça existe. Puis c’est très bien qu’il y ait des groupes de jeunes de 20 piges qui existent ! Après, tout ce qui se passe autour ça n’est pas forcément beau, c’est souvent de la gériatrie, avec des vioques (parents, amis de…) qui font du business.

DB : Quels sont vos coups de cœur 2009 ?

Nicolas : Moi c’est un album qui n’est pas sorti et qui ne sortira pas dans le commerce, The Dark Night of the Soul par The Sparklehorse. C’est un disque plein d’invités, avec Franck Black, Iggy Pop, Julian Casablancas, mais qui n’est jamais sorti. David Lynch a même réalisé un bouquin dessus, et le livre est vendu avec un CD vierge. Tu vas sur Internet et tu télécharges l’album !

Romain : Je n’ai pas de coup de cœur, peut-être parce que je n’ai pas écouté beaucoup de nouveautés en 2009… En 2008 y’a eu The Good, The Bad & The Queen et The Raconteurs. Dans 10 ans j’écouterai toujours.

Estelle : The Raconteurs aussi, Brigitte Fontaine.

DB : Romain, as-tu glissé une contrepèterie dans tes réponses ?

Romain : Non.

Nicolas : La vache qui rit !

Merci infiniment à eux et aux gentils organisateurs du Festival pour leur disponibilité et leur gentillesse.

Romain Humeau

Estelle Humeau

Nicolas Courret

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Journaliste high-tech, automobile et rock n’ roll.
Actuellement rédacteur au sein du fil France de l’agence de presse Relaxnews.

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