Voici ma vision des choses face aux idées reçues et à ce que la plupart de mes collègues journalistes sous-entendent, car je pense que le retour de Michael Schumacher en Formule 1 est loin d’être un échec absolu. A y regarder de plus prêt, à tête reposée, sa saison 2010 n’est pas du tout aussi ratée que ce qu’on veut bien nous faire croire. Je vous explique pourquoi…
D’abord il y a le résultat brut : Michael termine cette saison 9ème du championnat du monde des conducteurs avec comme meilleurs résultats trois 4èmes places (en Espagne, en Turquie et en Corée du Sud). Nico Rosberg, son équipier chez Mercedes, termine quant à lui 7ème du championnat avec en point d’orgue trois 3ème places (en Malaisie, en Chine et en Grande-Bretagne). Voilà pour les faits. Place maintenant à l’analyse.

Dominé par son équipier
En sport automobile, votre premier adversaire c’est votre propre équipier puisqu’il dispose, a priori, du même matériel que vous. Force est de constater que cette saison l’avantage va nettement à Nico Rosberg.
En qualification, le plus jeune des deux pilotes allemands a pris l’ascendant d’entrée de jeu. Au final, Nico a devancé 14 fois sur 19 son illustre équipier sur la grille. Le ratio est donc très défavorable au septuple champion du monde, même s’il convient de relativiser un peu les choses. Bien souvent en effet les deux hommes ont signés des chronos extrêmement proches, rarement séparés en qualifications par plus de 2/10ème de seconde. Alors si Rosberg a bel et bien joui d’une pointe de vitesse supérieure à son ainé, il ne l’a en aucun cas laissé sur place, démonté, explosé, humilié. Signalons d’ailleurs qu’en fin de saison Michael Schumacher était régulièrement devant (séances libres et qualifications). Avantage net cependant à Rosberg dans cet exercice cette année.
En course, les deux hommes ont souvent été dans le même rythme même si en début de saison Michael Schumacher est apparu bien trop timide pour se mêler à la lutte pour les gros points. Rosberg, sans doute dopé par ses performances face à la légende Schumacher, pousse alors Mercedes vers le haut. Pour Michael, le pire moment intervient au milieu de la saison où il semble étrangement absent en course. Durant cette période, combien de fois a-t-il butté, impuissant, derrière une Force India ou une Toro Rosso ? Mais un évènement va tout bousculer : le fameux “incident” de Budapest et son combat musclé avec Rubens Barrichello. J’y reviendrai. Dès lors Michael Schumacher va apparaitre plus sûr de lui, prendra plus d’initiatives et commencera même à dépasser sur la piste des concurrents, chose qui ne lui arrivait quasiment jamais depuis le début de l’année !
En fin de saison, tant en vitesse pure en qualification qu’en course, Michael Schumacher n’a plus grand chose à envier à son équipier. Il est à nouveau à l’aise (toutes proportions gardées) dans son cockpit. Dommage que sa saison se termine par un belle bourde, qui aurait pu mal se finir, à Abou Dhabi !
Le courage avant tout
Après plus de 20 années au plus haut niveau, des expériences plus ou moins malheureuses sur deux-roues et une vie de famille pépère qui lui tendait les bras, il a choisi, courageusement, de se remettre en question et de prendre le risque (tant corporel qu’en terme d’image) de revenir en F1 et de se confronter à la nouvelle génération.
Car Michael Schumacher est un compétiteur-né. Il a ça dans le sang, au grand dam de ses adversaires : qui s’y frotte s’y pique ! Souvent limite, parfois antisportif, son comportement a toujours fait débat. Il est ainsi bien souvent intraitable sur la piste, capable du meilleur comme du pire, à savoir pousser ses adversaires les plus encombrants dans le décor.
Le bougre a récidivé cette année, en collant une belle frousse à son meilleur ennemi (et ancien équipier emblématique chez Ferrari) Rubens Barrichello. Si l’incident a fait couler beaucoup d’encre et pris des proportions disproportionnées, c’est avant tout parce que le pilote visé est ici Michael Schumacher. Rappelons en effet qu’il n’y a eu aucun accident ni même contact entre les deux voitures. Notez d’ailleurs qu’en cas d’accrochage, cela aurait pu être désastreux aussi bien pour Barrichello que pour Schumacher lui-même. Mais tout cela demeure de la pure fiction puisqu’il ne s’agissait finalement que d’une simple passe d’armes virile sans conséquence.
J’insiste sur cet évènement car il démontre à lui-seul que le champion a conserver toute son énergie (certes parfois négative) et son adrénaline, armes nécessaires pour vaincre dans ce milieu. Cet évènement et les sanctions qui en ont découlé ne l’ont absolument pas marqués, au contraire. Sa fin de saison est en effet bien plus convaincante que ses premières courses de l’année.
Les dés pipés
Si le pilote est donc de retour à un niveau acceptable, les raisons de ce relatif échec (car de toute façon, même au meilleur de sa forme il lui aurait été très difficile de viser la victoire avec cette voiture) sont relativement nombreuses et parfaitement identifiables.
D’abord, le transfert de Michael Schumacher chez Mercedes a été formalisé tard, en décembre 2009. Au moment où Michael dit oui à la marque à l’étoile, la voiture est terminée, pour le meilleur et/ou pour le pire. A ce stade, Michael n’a plus son mot à dire ni sur la conception de sa monoplace, ni sur l’organigramme de l’écurie. De plus, la base de cette MGP W01 a été préparée pour Jenson Button, avant que celui-ci ne largue les amarres pour Woking. A Michael donc de faire avec une monoplace qui ne se comporte pas comme il le souhaiterait.
Ajoutez à cela que les essais sont désormais interdits entre les Grand Prix et très limités en début d’année. De fait, Michael Schumacher n’a pas franchement eu le temps de se réacclimater à la conduite sportive d’une F1 avant le lever de rideau de la saison à Barheïn. Tous les rookies ont d’ailleurs été pénalisés cette année par cette restriction, ce qui explique, là-encore, que sa fin de saison ait été tout de même plus intéressante que son début d’année tristounette…
Quant à la pression, elle n’est visiblement pas source de stress pour le champion allemand.

Que faut-il retenir de 2010 ?
Michael Schumacher s’est officiellement donné trois ans pour tenter de remporter un 8ème titre de champion du monde. Il eu été complètement fou de penser qu’il allait casser la baraque et rafler la mise dès cette saison, nonobstant les qualités de sa voitures.
La chose la plus importante, c’est bien entendu qu’il a démontré avoir toujours le niveau. Après trois ans d’abstinence (ou presque…) il a toujours sa légitimité sur une grille de départ, ce qui est déjà formidable. Qu’il ait souffert face à un jeune équipiers terriblement doué et motivé, cela n’est ni surprenant ni scandaleux en soi. A lui de montrer qu’il peut inverser la tendance en 2011.
Maintenant qu’il a prouvé qu’il avait parfaitement sa place en F1, qu’il est pratiquement aussi rapide que Nico Rosberg et qu’il a toujours en lui son “instinct” de champion, pourquoi ne pas lui faire confiance pour grimper dans la hiérarchie dès la saison prochaine ? Si sa voiture lui permet de se battre pour la victoire, nul doute qu’il en profitera alors au moins autant que Rosberg. Même à 42 ans, je reste convaincu que Michael Schumacher peut encore mettre une partie du plateau (dont le nouveau champion du monde Sebastian Vettel ?) à ses genoux !
Dans l’ère moderne de la Formule 1, Nigel Mansell est le seul pilote (depuis Jack Brabham en 1970) à s’être imposé à plus de 40 ans. C’était au GP d’Australie 1994 et l’idole moustachue des Anglais avait alors 41 ans. A Schumacher de faire au moins aussi bien…
© photos : Daimler
















Article de
5 commentaires
Nuradil écrit :
29 décembre 2010
Une analyse parfaite et objective.
Joest écrit :
29 décembre 2010
Schumacher a signé chez Mercedes lorsqu’il a vu que la route était bouchée chez Ferrari. A l’été 2009, Luca di Motezemolo l’avait convaincu de remettre le pied à l’étrier. Il n’était pas prêt physiquement. Il pensait déjà à 2010, lorsque Ferrari annonce une paire Alonso-Massa.
En parallèle, Button se voit refuser une augmentation chez Brawn GP/Mercedes. D’où son départ chez McLaren.
Norbert Haug avait besoin d’un grand nom pour convaincre Mercedes. Un tandem Heidfeld-Rosberg n’était pas “vendable”. Schumacher était un nom capable de mobiliser les sponsors.
Le problème de Schumacher, c’est qu’après 7 titres et une domination sans partage entre 2000 et 2005, le public s’attend à ce qu’il vise le titre. L’équipe était effectivement conçue pour Button et le challenge était trop dur.
Certes, il s’est amélioré en fin de saison. Mais il ne faut pas oublier qu’il est le chouchou de Haug. La Mercedes F1 a été modifiée suivant ses désirs… Et malgré tout, Rosberg reste devant!
2011 sera un quitte ou double. Soit Schumacher collectionne les podiums, soit il anticipe d’un an sa retraite.
Tube écrit :
30 décembre 2010
Tu rêves debout!
Michael écrit :
30 décembre 2010
Formidable article! (presque une bio sur son retour :) ) (Même si je ne suis pas un fan de shumi) mais une chose doit être complétée je pense!
Tu nous parles de Brawn mais il faut préciser une chose importante!
Brawn pour survivre a du se séparer de beaucoup de personnels! La voiture 2009 est une voiture étudiée depuis 2007 et l arrivée de Brawn (2008?) sera super en avance sur son développement en 2009! On l’a constaté! Par contre 2010 si même Mercedes est entrée dans la danse, la voiture n’a pas eu un développement assez poussé face aux concurrents, faute de moyen! Le contrat Mercedes lui même a été signé tard! Et Brawn a pu bénéficier d’un bon budget tard dans l’année (comme tu l as dis la voiture était déjà finie).
Aux essais, forcé de constater que la W01 n’est pas à la hauteur des attentes … Donc La science de Brawn fait qu’il oublie vite la saison 2010 et prépare un saison 2011 comme il en a le secret! ( cela a été répété plusieurs fois par toute l’équipe )
Shumi a dit en arrivant qu’il se battrait pour le titre en 2010 (c est uniquement pour attirer les sponsors et faire de l’image) … (ce que tu as expliqué)
Mais j’ajouterai que 3 ans se sont écoulés! Vous savez tous que 3 ans sur une voiture en développement c’est trèèès long! Michaël pour sa défense ( et je répète je suis un pro Hamilton pour vous montrer mon objectivité ) est monté dans une voiture qui n’avait plus rien avoir avec 2007 … et le peut d essais privés et les connaissances de la voitures ( fondamentalement différente d’une écurie à l’autre Ferrari -> Mercedes ) a eu comme conséquence un réapprentissage de la conduite ( pas du pilotage car ca il l a en lui ) je parle bien de conduite de la voiture ( problème du train avant pas assez piqué … souvenez vous )
Voila les 2 gros problèmes auxquels Schumi a dû faire face …
Il était important surtout de dire que la W01 n’est qu’une petite évo de la BGP001 tandis que les autres écuries de pointes en 2009 on vite travaillé sur 2010!
Ce qui sera l’inverse en 2011 et Mercedes inversera la tendance … du moins j’espère !
Bien à vous,
Michaël V
Maxime écrit :
30 décembre 2010
Etant j’avoue grand fan depuis longtemps, j’ai été grand fan de ce retour et le suis plus encore à la fin de cette saison.
En plus de l’ensemble de l’article et des commentaires, je rajouterais que j’admire cette acceptation d’abîmer son image et de se remettre en question à chaque grand-prix, juste pour la sensation et l’adrenaline … comment rester insensible à ça ? J’entends l’argent .. à ce niveau cela ne joue plus …
MS représente bien une marque comme Mercedes qui plus est (40ans, pleins au as, le coeur de cible de Mercedes non ?) et peut permettre d’enrayer cette crise de jeunisme qui certes nous permette de voir de vrais talents en piste mais de manière plus générale n’est pas la voie à suivre . Voyons l’exemple de Barrichello.
Au-delà du sacre de Vettel, je vois la confirmation par MS et RB qu’à 40, rien n’est fini .. et surtout le plaisir …