TF1 et la F1 : 20 ans (et plus) de souffrance

Info ou intox, TF1 pourrait lâcher la diffusion des Grand Prix en 2012, 20 ans après avoir repris la main à la défunte 5. Vite démentie, cette rumeur ressurgit pourtant régulièrement et est symptomatique d’une chaine instable sur le sujet et qui ne voit en cette discipline qu’une manne financière plus rentable le dimanche après-midi qu’une énième rediffusion de Walker, Texas Ranger ou Monk. La chaîne serait donc lassée des coûts exorbitants de diffusion et du peu d’intérêt de la discipline en France. Soit. En attendant le pire, la chaine laisse en tout cas tomber les qualifications dès cette année (diffusées en direct sur Eurosport). Retour sur plus de 20 ans de maltraitance.

Coup de gueule donc, car la France est l’un des parents pauvres de la retransmission TV du championnat du monde de Formule 1. Pour qui s’intéresse un peu à la chose, il est acquis que les Allemands et les Anglais (pour ne citer que les meilleurs) respectent, eux, les passionnés avec des retransmissions complètes et des intervenants de qualité. Ici, ce que l’on peut reprocher à TF1 est long comme le bras. Voici donc quelques griefs parmi les plus flagrants.

Des courses tronquées, en différé et même supprimées !

C’est le point le plus choquant qui mériterait même de casser le contrat qui lie la chaine à Bernie Ecclestone. TF1 se permet en effet de couper et/ou de différer les Grand Prix entrant en concurrence avec des soirées électorales. L’exemple le plus marquant est sans aucun doute celui du GP du Canada en 1995 qui a eu le malheur de « concurrencer » les élections municipales. Pensez, la seule victoire en F1 de Jean Alési n’a même pas été diffusée en direct ! Si pour la chaine les soirées électorales sont plus importantes que les Grand Prix, alors elle n’a pas à s’engager à les diffuser si d’avance elle sait qu’elle ne pourra remplir son contrat !

Et puisque TF1 s’autorise des coups de canif dans le contrat, elle ne se prive même pas de carrément supprimer de sa grille au tout dernier moment une course lorsque la qualité (sic) de la grille ne lui sied pas. Ainsi, le fameux GP des États-Unis 2005 a été tout bonnement et simplement zappé ! Soyez sûr que si Renault avait été seule en piste, TF1 aurait diffusé la course. Alors forcément, si TF1 peut même passer outre la diffusion d’un Grand Prix, cela ouvre de drôles de perspectives, comme diffuser des courses sur Eurosport pour libérer l’antenne de TF1 et laisser la place aux sempiternelles élections. Ce comportement est tout simplement irrespectueux envers les téléspectateurs mais aussi envers les organisateurs. Cette pratique n’a malheureusement jamais été sanctionnée à ma connaissance…

Une publicité omniprésente

En France, un GP de Formule 1 est le seul évènement sportif de porté internationale à être (dé)coupé par la publicité. Qu’il y ait de la publicité ne me choque pas, encore faut-il la placer intelligemment. Aurait-on idée de couper un match de football ou de rugby avec trois minutes de publicités, au risque de rater un but ? Au final, c’est environ 15% des GP qui se retrouve irrémédiablement zappé.

Ainsi passent à la trappe divers rebondissements. Il est alors important de rappeler que le comble absolu fut l’accident d’Ayrton Senna, intervenu précisément en pleine page de pub (je m’en rappelle d’autant plus qu’à l’époque j’allumais la radio à chaque coupure pub et que je me souviens encore des voix de Patrick Grivaz sur France Info  et de Luc Augier sur RTL à l’évocation de l’accident du Brésilien). L’argument choc avancé par TF1 (« c’est la publicité qui nous permet de payer les droits de diffusion ») ne tient pas puisqu’il n’est pas question ici de supprimer la publicité mais de mieux l’intégrer au support. Des gens très bien payés chez TF1 pourraient certainement trouver de bonnes idées à ce sujet.

Le diktat des constructeurs français

C’est tellement gros que c’en est souvent grotesque : TF1 ne se risque jamais à critiquer et donc froisser les constructeurs français engagés en F1 qui comptent parmi les plus gros annonceurs de la chaine. Seulement voilà, personne n’est dupe ! Deux exemples flagrants pour illustrer mon propos.

D’abord le naufrage Prost/Peugeot en 2000. Le bilan chiffré de la saison est un zéro pointé à la fin de l’année, avec Jean Alési et Nick Heidfeld incapables de marquer le moindre point à bord de leur monoplace. De toute évidence la voiture n’est pas compétitive et la gestion interne de l’écurie laisse à désirer. Pourtant, à l’antenne, tout le monde il est beau tout le monde il est gentil. A écouter les commentaires de l’époque, c’était la faute à pas de chance, l’équipe progressait pourtant course après course et Alain Prost faisait d’ailleurs un travail formidable ! No comment.

L’autre exemple flagrant est le traitement de faveur réservé à Renault chaque week-end de course. Vous me direz que c’est de bonne guerre, sauf que là c’est tellement voyant que c’en est presque indécent. On nous inflige ainsi des images qui nous affligent, comme l’interview (creuse) d’Eric Boullier avant chaque début de course ou encore les « reportages exclusifs dans les coulisses de Renault » réalisés en parfaite collaboration avec les responsables du staff de l’écurie. Un peu d’honnêteté envers les téléspectateurs ne serait pas un luxe.

Un mauvais casting de consultants

Si Jacques Laffite fut un pilote formidable et demeure aujourd’hui encore un indéfectible passionné, il n’en reste pas moins un piètre consultant, même après des années d’exercice. Sur la forme bien entendue, plus proche du café du commerce que des codes habituels de la communication. Mais sur le fond surtout, puisqu’il n’apporte aucune analyse ni discours digne de son rang d’ancien pilote. Si Alain Prost fut à une certaine époque un consultant potable, TF1 s’est privé toutes ces années des services de consultants bien plus à l’aise et surtout bien plus fins analystes comme par exemple Patrick Tambay et Philippe Alliot pour ne citer qu’eux.

Du côté des commentaires, Christophe Malbranque fait le boulot et le fait même plutôt bien malgré quelques tics de langages et certains parti-pris contestables (« Robeeeeeeert ! »). Et puis il y a eu tellement pire par le passé que je finis par lui pardonner beaucoup de choses. Quant à Jean-Louis Moncet, entre ses retournements de veste (son « ami » Flavio à qui il donnait volontiers la tape dans le dos devenu le pire des salauds), ses scoops foireux et ses problèmes de calcul (le plantage du sacre de Nigel Mansell au GP de Hongrie 1992), disons qu’il fait partie des meubles. Espérons simplement qu’il n’ait pas la longévité professionnelle de Murray Walker !

Quid de l’avenir de la F1 sur la télévision française ?

Un mépris total de la discipline qu’elle est censé retransmettre et de ses téléspectateurs, voilà donc ce que l’on peut légitiment reprocher à TF1. Et pourtant, qui aujourd’hui pourrait bien reprendre le flambeau en faisant mieux ? C’est triste à dire mais pas grand monde…

Quant on voit la durée, l’amateurisme et la suffisance de leur retransmission des 24 Heures du Mans, on peut légitiment pousser un ouf de soulagement devant le refus de France Télévision d’acquérir un jour les droits de retransmission de la F1. Il reste alors Canal +, M6, Bolloré, d’autres ? Ou devra-t-on se retrancher derrière son écran d’ordinateur et chercher des flux, plus ou moins pirates, pour pouvoir regarder prochainement les Grand Prix en direct ?

Nostalgie, quand tu nous tiens…

Il fut pourtant un temps, que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaitre, où la Formule 1 disposait d’une formidable couverture télévisée en France. Cela ne dura malheureusement pas longtemps puisque cela remonte au début des années 90, sur La 5. A l’époque, et jusqu’à l’écran noir du 12 avril 1992, la chaine retransmet donc les Grand Prix tout en mettant en valeur le championnat du monde à travers son magazine hebdomadaire Intégral, riche de nombreux sujets originaux et d’interviews passionnantes. De vieilles VHS rangées aujourd’hui dans des cartons dans ma cave pourraient témoigner de cette qualité jamais égalée depuis. Je me rappelle aussi avec nostalgie des excellents Patrick Tambay, Catherine Pic (sans hésitation ma journaliste préférée depuis que je suis la F1 à savoir depuis maintenant 25 ans) et Bernard Spindler.

Après l’arrêt de La 5, TF1 a immédiatement pris le relais pour diffuser les courses de la saison 1992. Depuis elle n’a cessé d’obtenir les droits de diffusion pour la France, pour le meilleur et pour le pire… Maintenant, s’il existe des téléspectateurs comblés par la retransmission des Grand Prix par TF1, qu’ils se manifestent !

Rappels…

Depuis, les choses ont (bien) évolué…

>>> Chronique inédite…

Journaliste high-tech, automobile et rock n’ roll.
Actuellement rédacteur au sein du fil France de l’agence de presse Relaxnews.

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