Peter Windsor : « Écrire sur la F1, c’est de la passion et beaucoup de travail »

J’ai eu l’immense joie de poser quelques questions à un homme incontournable de la F1, un journaliste formidable et à titre personnel une réelle inspiration : Peter Windsor. Découvrez cette interview où il est question de Formule 1, de journalisme et de Nigel Mansell

DB : Tout d’abord parlons un peu de votre parcours. Comment êtes-vous devenu journaliste et qui vous a donné votre première chance d’écrire sur le sport automobile ?

PW : J’ai commencé à écrire des comptes-rendus de course pour le journal d’un club automobile local quand j’avais 13 ans.C’est à ce  moment-là que Geoffrey Sykes a conçu le tout nouveau circuit de Warwick Farm à Sydney en Australie, près d’où j’ai grandi. Pendant les vacances scolaires, je me rendais utile aux bureaux de l’AARC (Australian Automobile Racing Club) et Geoff m’a rapidement encouragé à écrire et surtout à lire autant que possible. J’avais 15 ans quand mon premier article a été publié dans un journal, l’Australian Motoring News. C’était à propos d’un pilote local et de la voiture de course qu’il était en train de construire.

DB : Êtes-vous parfois nostalgique du passé ou vous accommodez-vous parfaitement à la F1 d’aujourd’hui ? Finalement est-ce plus facile ou difficile de travailler dans le paddock aujourd’hui ?

PW : Je ne suis pas nostalgique mais je suis bien conscient de la dette que nous devons à ceux qui étaient là avant nous. Sans histoire il n’y a pas de futur. En fait, je pense que le plus gros problème dans le sport automobile, c’est de ne pas savoir ce qui s’y passe réellement. Les écuries, comme les pilotes, ne maitrisent pas tout (pourquoi tel voiture ou pilote est plus rapide que tel autre…) donc forcément le public non plus. La plus grosse différence entre maintenant et autrefois, c’est que des pilotes comme Jackie Stewart, Francois Cevert, Peter Revson, Ronnie Peterson, Gilles Villeneuve, Jacky Ickx et beaucoup d’autres souhaitaient partager et communiquer au mieux avec les journalistes pour que les gens en sachent le plus possible sur leur sport. Or plus j’en sais et meilleur est mon travail. Aujourd’hui c’est l’inverse. Généralement, les équipes (j’y inclus les pilotes) voient ça comme une petite victoire s’ils peuvent conduire une interview sans laisser filtrer la moindre information importante. Le résultat, c’est que j’ai constamment l’impression que je n’en sais pas assez, qu’on me cache des choses sur ce qui se passe réellement. Je ne peux pas parler au nom des autres journalistes mais aujourd’hui j’ai l’impression de ne maitriser que 20% de tout ce qui se passe autour de moi et pourquoi ça se passe comme ça. Je suis sûr que dans le passé j’avais une vision des choses d’au moins 40%.

DB : Est-il plus difficile de se lancer et de faire carrière dans le journalisme automobile aujourd’hui ? Quels conseils donneriez-vous à de jeunes journalistes en herbes qui souhaiteraient suivre votre trace ?

PW : Je ne pense pas que ça ait beaucoup changé. Écrire sur le sport automobile c’est avant tout de la passion, de l’engagement et du travail. Beaucoup de travail ! Peu importe la manière dont vous écriviez, que ça soit à la main ou sur un portable dernier cri, cela reste du boulot ! Vous devez utiliser toute votre tête au moment-même où vous aimeriez vous la vider, c’est à dire juste après une course.

DB : Quels sont vos meilleurs amis dans le paddock ?

PW : Le paddock est toujours plein de gens formidables. J’ai beau être là depuis longtemps, je n’ai jamais passé assez de temps avec tous les gens au top de ma liste…

DB : Je me souviens que vous avez testé plusieurs monoplaces, notamment pour le magazine F1 Racing. Avez-vous déjà piloté en compétition ?

PW : “Testé” n’est pas le bon terme, mais j’ai eu la chance de conduire les voitures suivantes : la Renault F1 turbo de 1982, une Lotus 21 (F1) de 1961, une Brabham BT6 (Tasman) de 1963, une Lotus 18 (FJ) de 1960 car, une Ferrari Dino (Tasman) de 1969, une Toyota F1 de 2006 et enfin la Lotus 49 (F1) de 1967. J’ai aussi participé à de nombreuses courses en supertourisme et en voitures de sport. J’ai ainsi déjà fini second à Macao et sur le podium à Silverstone et Lydden Hill.

DB : Quelques mots maintenant sur Nigel Mansell dont je suis un immense admirateur. Je sais que vous avez joué un rôle très important dans le développement de sa carrière, dès le début. Comment s’est passé s’est association ?

PW : En fait, pas grand monde ne donnait de crédit à Nigel jusqu’en 1985 (l’année de sa première victoire en F1). Mais moi je l’ai vu piloter pour la première fois en Formule Ford. Je l’ai observé à Thruxton et Silverstone et après seulement une demi-heure passée à examiner son pilotage j’étais convaincu qu’il avait le talent pour devenir un jour champion du monde de Formule 1. J’ai alors passé les huit années suivantes à essayer de trouver de l’argent pour lui et à tenter de convaincre les bonnes personnes de lui laisser sa chance. J’ai ainsi persuadé Pace Petroleum de le sponsoriser, je lui ai trouvé un volant en F2 et j’ai surtout décroché pour lui un test chez Lotus en 1979 avant de persuader quelques années plus tard Frank Williams de l’engager. J’ai ensuite été responsable du sponsoring chez Williams de 1985 à 1988 avant d’y revenir comme team manager en 1991 et 1992. Nous étions allons à cette époque à la fois amis et collègues avec Nigel et ce fut un plaisir de l’aider à remporter le titre de champion du monde.

DB : Comment jugiez-vous de l’intérieur Nigel face à ses adversaires de l’époque : Ayrton Senna, Alain Prost, Nelson Piquet ?

PW : Je pense que Nigel était aussi bon qu’Ayrton Senna et plus rapide qu’Alain Prost et Nelson Piquet.

DB : Que pensez-vous de ses dernières apparitions en course (BTCC, GP Masters and Le Mans) ?

PW : Je pense que Nigel a fait une erreur de continuer à vouloir courir après 1993. Il avait alors remporté le championnat du monde de F1 et gagné aux États-Unis. Il aurait dû arrêter pour de bon à ce moment-là. Sa deuxième année aux États-Unis ne lui a rien apporté et revenir en F1 n’était vraiment pas très intelligent. Le reste depuis est même plutôt gênant. Ceci étant dit, je n’ai pas vu Nigel depuis longtemps…

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Journaliste high-tech, automobile et rock n’ roll.
Actuellement rédacteur au sein du fil France de l’agence de presse Relaxnews.