Jean-Louis Schlesser : « Je me rappelle quand j’ai fait 250 de moyenne au Mans, avec une vitesse de pointe de 407 km/h »

Cet été, dans le tout nouveau numéro d’Etoiles Passion, je vous propose de revivre la trajectoire argentée de Jean-Louis Schlesser, sacré double champion du monde des Sports prototypes pour Sauber-Mercedes. En complément à cet article, je vous propose de découvrir ici l’intégralité de l’interview qu’il a bien voulu m’accorder. Vingt ans après, il revient sur ces années riches en succès et en émotions. Il évoque ainsi avec nostalgie les fabuleuses C9 et C11, ses relations avec ses équipiers d’alors dont un certain Michael Schumacher.

Rencontre avec un pilote heureux, en direct de son atelier.

DB : Tout d’abord, comment s’est passé votre arrivée chez Sauber ? Quelle était l’implication de Mercedes au début ?

Jean-Louis Schlesser : J’ai été pris chez eux en 1987, quand Sauber m’a invité à rouler pour deux courses dont une que j’ai gagné au Nürburgring. Comme tous les grands constructeurs ce n’est que le jour où ils gagnent qu’ils disent que c’est eux mais Mercedes a toujours été très impliqué.

DB : Vous qui avez piloté tant de voitures différentes, quel regard vous portez aujourd’hui sur les C9 et C11 d’alors ?

JLS : Je garde surtout un très bon souvenir de la C11, c’est vraiment une voiture qui ne déparierait pas aujourd’hui. Il y a des circuits où j’ai encore le record du tour avec cette machine, ce qui est incroyable ! On avait du couple incroyable, plus de 1000 ch en qualif’. Je me rappelle quand j’ai fait 250 de moyenne au Mans, avec une vitesse de pointe de 407 km/h. Sans parler des victoires à Suzuka. C’était des voitures très physique à conduire puisque l’on n’avait ni assistance au freinage ni changement de vitesse automatisé. D’un certain côté, Le Mans était un peu moins physique puisqu’on était moins chargé aérodynamiquement. Ce qui était très dur c’étaient les courses de 500 ou 1000 km pendant lesquelles on prenait de nombreux G.

DB : Pendant quatre ans, vous allez rouler avec Mauro Baldi et Jochen Mass. Quels souvenirs gardez-vous de ces pilotes ?

JLS : Les deux étaient très sympas, il y avait une très bonne ambiance entre nous tous. C’était des gentlemen, des gens formidables. On définissait en début d’année nos circuits favoris et on faisait les qualif’ en conséquence. Baldi par exemple aimait bien Monza et moi je faisais Dijon. On se partageait les circuits.

DB : Plus globalement, quels sont les meilleurs souvenirs que vous conserver de ces années ? Un peu de nostalgie par rapport à ces années ou pas du tout ?

JLS : Quand je m’asseyais dans ces voitures (la C9 ou la C11), c’était toujours avec beaucoup de plaisir. La C11 était vraiment terrible, même quand on prenait 4G ou 4,5 G au freinage. Un jour à Suzuka, on a eu un soucis avec le réservoir et on a dû partir des stands et tour après tour j’ai fini mon relais en tête ! Une autre fois, au Nürburgring, on a aussi surpris la concurrence. La course se déroulait sur deux jours et le soir on mettait la voiture aux stands pour la nuit. Or comme il y avait eu un accident avec Stuck, j’avais été assez malin pour rouler doucement et économiser de l’essence. Résultat : tout le monde a cru que j’avais ravitaillé et j’ai pu finir et gagner la course avec un minimum d’essence (rire).

DB : Des regrets peut-être par rapport au fait de ne pas avoir remporté les 24 Heures du Mans ?

JLS : Je regrette bien évidement de ne pas y avoir gagné, parce que j’ai été plusieurs fois en tête, que ce soit avec la Jaguar ou avec Mercedes. On a toujours eu des petites bêtises qui nous ont empêcher de gagner, mais c’est la course !

DB : Depuis la fin de cette aventure avez-vous garder des liens avec Mercedes ? Participé à des exhibitions, revu les acteurs de cette époque (Peter Sauber, les pilotes…) ?

JLS : On a fait une petite fête il n’y a pas longtemps pour les 20 ans de la victoire de Mercedes au Mans. Il m’arrive encore de revoir Baldi ou Mass de temps en temps, on se remémore le bon temps. Et puis j’ai revu Schumi l’an dernier au GP de Monaco !

DB : Question, inévitable, sur Michael Schumacher, que vous avez connu avant qu’il n’arrive en F1. Comment était-il à l’époque et comment se comportait-il vis à vis des cadres de l’équipe ?

JLS : C’est un type extraordinaire, avec beaucoup de gentillesse et d’humour. On le croit souvent froid mais c’est un garçon formidable. Puis c’est un pilote exceptionnel. Même si en F3 il était derrière Frentzen ou Wendlinger, c’était un travailleur acharné et surtout très doué et qui ne lâchait jamais rien. D’ailleurs je suis assez surpris de la réaction des gens en F1 depuis un an parce que si vous regardez bien les performances de chaque binôme vous constaterez que la différence entre Rosberg et Schumacher n’est pas supérieure aux autres. Je pense qu’il va rebondir, d’ailleurs j’avais son âge lorsque je courais à cette époque pour Mercedes.

DB : En définitive, comment placeriez vous cette expérience au milieu de toutes celles que vous avez vécues, de la F1 aux rallyes raid ?

JLS : J’ai eu la chance de gagner tout au long de ma carrière, quelle que soit la formule où je conduisais. Ce n’est pas de la forfanterie : ce qui compte c’est de gagner. Donc, forcément, gagner avec la voiture que j’ai fabriquée ça a une autre saveur, mais gagner avec la Mercedes c’était extrêmement difficile car on était confronté sans arrêt aux coéquipiers. Or moi je suis resté plus de quatre ans mais les autres sont allés et venus…

DB : Avez-vous senti un soutien de Mercedes pour éventuellement trouver un volant en F1 à l’époque ?

JLS : Non parce que le problème que j’ai pratiquement toujours connu, c’est que je suis un type plutôt costaud donc il était difficile pour moi de m’imposer en F1. En prototype, même si le poids est important, étant donné que la masse générale est plus grande, c’était moins handicapant. Mais faire de la F1 quand on pèse 80 kg c’est assez difficile. D’ailleurs ce que les gens oublient c’est que lorsque j’ai pigé chez Williams en remplacement de Nigel Mansell à Monza en 1988, j’ai réalisé le 11ème temps des premiers essais avant de me virer dès le premier tour dans la seconde séance. Mais dans l’ensemble, dans ma carrière, je ne suis pas trop sorti de la route.

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© photos : Daimler

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Journaliste high-tech, automobile et rock n’ roll.
Actuellement rédacteur au sein du fil France de l’agence de presse Relaxnews.