Les 20 ans de Use Your Illusion

Si de nombreux hommages, ainsi qu’une édition collector de l’album, saluent les 20 ans de la sortie du mythique Nevermind de Nirvana, ce mois de septembre marque également le 20ème anniversaire de l’arrivée dans les bacs d’un autre poids lourd de l’histoire du rock n’ roll. Le 17 septembre 1991 sortaient en effet simultanément les deux albums Use Your Illusion I et Use Your Illusion II des Guns n’ Roses, succès de vente phénoménal et tremplin vers une tournée mondiale délirante. Souvenirs.

Use Your Illusion I

Le premier volume de ce magistral album est sans conteste mon préféré, composé de titres à la fois speed (Right Next Door to Hell, Perfect Crime, Garden of Eden), d’une balade mortelle (November Rain), d’un titre expérimental à la production complètement dingue (Coma) et du chef d’œuvre absolu du groupe (Double Talkin’ Jive).

Back off, back off bitch, down in the gutter dyin’ in the ditch

La première chanson de l’album, Right Next Door to Hell est ce que je qualifierais de parpaing (comprendre : « prend toi ça dans ta gueule connard », ou plutôt « connasse » dans le cas présent, la chanson s’inspirant d’une ancienne voisine d’Axl !). On trouvera dans la même famille Back off Bitch et bien évidemment Get in the Ring. C’est puissant, pas très fin, mais sacrément efficace et énervé : une parfaite entrée en matière. Suit Dust N’ Bones, une ballade au coin du feu avec nos cinq lascars, à la cool. On sent alors que Use Your Illusion ne sera pas le torrent de colère et de décharge électrique d’Appetite For Destruction. Mais à quoi bon toujours refaire la même chose ?

La reprise des Wings, Live and Let Die, est encore aujourd’hui l’un des titres fétiches du groupe. Même si je n’accroche pas à titre personnel sur cette chanson, elle n’en reste pas moins un hymne rock très efficace. Suit l’un des plus gros tubes du groupe, Don’t Cry, qui est aussi la toute première chanson composée et jouée par groupe, bien avant la sortie de leur premier album. Il faut néanmoins attendre la sortie des UYI pour pouvoir en profiter, avec la participation très spéciale du regretté Shannon Hoon. Slow implacable.

Deuxième chanson coup de poing, Perfect Crime est un formidable homicide musical, une pure jouissance sadique. Quant à You Ain’t the First il nous ramène une nouvelle fois au coin du feu… On entre ensuite dans les choses sérieuses avec Bad Obsession, formidable chanson sur toutes les addictions possibles et imaginables (sexe, drogue et rock n’ roll), riche d’une intro monumentale à l’harmonica de Teddy Zig Zag et du texte sans concession d’Axl Rose. Ce titre introduit parfaitement le magistral Back off Bitch (que je vous laisse traduire tout seul…), un savoureux cocktail de vengeance personnelle et de rock hargneux.

Arrive alors Double Talkin’ Jive, que je considère toujours aujourd’hui comme le chef d’œuvre de l’album (et sans doute même de toute la discographie du groupe), une chanson incroyable signée Izzy Stradlin et qui, s’il dure moins de trois minutes sur CD, peut allègrement dépasser les neuf ou dix minutes sur scène, bien aidé en cela par sa rythmique infernale. Un titre en tout point inimitable et qui, à mon avis, sort définitivement le groupe du lot à l’époque. Vient ensuite le hit November Rain et son clip mythique (et parabole de la vie privée d’Axl Rose) : le mariage avec Stephanie Seymour, la petite église, le solo de Slash, l’enterrement de Stephanie Seymour, le pluie etc. Le tout est magistral, comme la production du titre et ses violons tous droit sortis d’un synthétiseur mais qui font plus vrais que nature. C’est aussi à titre personnel le chef d’œuvre d’Axl Rose.

Toujours côté sombre, The Garden est une collaboration très réussie avec Alice Cooper. Suit Garden of Eden, dans la plus pure tradition speed du groupe. Le titre vaut aussi le déplacement pour son clip aussi intense que déjanté !

Beaucoup plus relax, Don’t Damn Me est un titre certes entêtant, mais franchement pas terrible. La mauvaise passe se confirme avec Bad Apples, sans le moindre doute le titre le plus faible de cet album, une chanson qui ne m’a tout simplement jamais ému. Dead Horse relève le niveau même s’il est franchement singulier, ne serait-ce que par sa production et sa montée en puissance. Il fait partie de cette famille de titres très introspectifs (certains diront dépressifs) dont seul Axl Rose a la recette. Mais oubliez ces quelques réserves puisque ce volume I se termine en apothéose avec le polémique Coma, un petit chef d’œuvre de production, un mini-opéra rock à lui tout seul au milieu duquel le chanteur subit un massage cardiaque ! Le solo de guitare de Slash et le final chanté hallucinant d’Axl en font une pépite, un titre absolument unique pour 10 minutes de pur bonheur.

Use Your Illusion II

J’avoue avoir mis énormément de temps à pleinement apprécier ce disque, mélange de titres absolument géniaux (14 Years , Pretty Tied Up, Estranged, You Could Be Mine) et d’autres à oublier (Shotgun Blues, Breakdown, My World). Sa principale qualité est de ne pas être démodé, 20 ans après sa sortie : rock on baby !

With your bitch slap rappin’ and your cocaine tongue you get nuthin’ done

Civil War ouvre l’album avec cet hymne antimilitariste assez étonnant. C’est aussi le dernier titre enregistré avec Steven Adler avant que celui-ci ne se fasse virer du groupe puis remplacer par Matt Sorum. Suit 14 Years, sans doute ma préférée de l’album, une nouvelle fois signée du génial Izzy Stradlin (qui chante également les couplets). Pour moi elle est tout simplement parfaite, tant dans son écriture que dans son interprétation. Un titre « cool » dans la forme mais puissant sur le fond, comme seuls Guns n’ Roses pouvait alors en balancer, même s’il fut finalement assez peu joué sur scène. A côté, Yesterdays parait hyper fade. C’est même franchement étonnant que ce titre sans saveur particulière soit sorti en single à l’époque.

C’est paradoxalement une reprise, Knockin’ on Heaven’s Door, qui sera le plus gros tube du groupe en France. Le titre donne un coup de fraicheur inattendu au titre de Bob Dylan et est devenu à son tour un standard.

Get in the Ring et sa charge contre les journalistes Andy Secher, Mick Wall ou encore Bob Guccione est hilarante. Véritable exercice de style, cette chanson pourrait être casse-gueule si elle ne dégageait cette puissance et ce deuxième degré irrésistible. Ce titre, un poil ridicule sur le fond, m’a en tout cas toujours fait délirer. Viennent alors les deux pires titres de ce double opus, les inutiles Shotgun Blues et Breakdown. Force est de constater que je les zappe à chaque fois que je réécoute (avec délectation) les UYI. Le bondant Pretty Tied Up est la chanson de cul du disque, à l’image de Rocket Queen sur Appetite For Destruction. Rarement des paroles ont aussi bien claquées sur l’écho de la guitare de Slash. Un petit chef d’œuvre.

Pendant longtemps je n’ai pas accroché du tout à Locomotive, alors que ce titre est aujourd’hui l’un de mes préférés de l’album. Long, expérimental, il se réinvente littéralement à chaque écoute. So Fine est un hommage à Johnny Thunders (légendaire guitariste des New York Dolls) signé et chanté par Duff McKagan, fan du rockeur disparu. Vient alors le complexe Estranged, nouvelle (interminable) introspection sur fond de solo qui tue. Pour beaucoup de fans c’est le titre phare de l’album. Personnellement je l’aime beaucoup mais il ne fait pas non plus partie de mes préférés. Son clip mégalomane est en revanche à (re)découvrir.

You Could Be Mine est le tube tiré de la bande originale du film Terminator 2 et qui a définitivement fait connaitre le groupe en France. Le titre est imparable et surtout représentatif du son du groupe. Si vous rencontrez un jour un extraterrestre qui n’a jamais entendu un titre des Guns, faites-lui écouter ce titre.

L’album se termine avec une autre version de Don’t Cry (même musique mais paroles alternatives) et par l’expérimental My World, un délire que l’on doit à Axl, visiblement seul dans son trip.

20 ans après…

Déjà riche de 30 titres, l’album aurait pu en comprendre encore plus puisque d’autres chansons ont été maquettées, comme Ain’t Goin’ Down, Bring It Back Home, Crash Diet, Sentimental Movie ou Just Another Sunday qui, si elles ne figurent pas sur les Use Your Illusion, ont depuis longtemps fuitées du côté des fans !

En conclusion, Use Your Illusion I et II ne vaut bien évidemment pas Appetite For Destruction, qui restera à jamais la référence du groupe, mais un best-of de 10 ou 12 titres de ces deux CD n’en serait vraiment pas loin, la rage en moins, la production en plus. Bref, quelques titres à oublier, mais un double album à réécouter, sans modération, avec autant de plaisir qu’aux premiers jours et pour encore au moins 20 ans !

À lire absolument

Journaliste high-tech, automobile et rock n’ roll.
Actuellement rédacteur au sein du fil France de l’agence de presse Relaxnews.

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