Eiffel : « Foule monstre n’a rien d’expérimental, ça reste de la pop »

C’est aujourd’hui que sort Foule monstre, le nouvel album d’Eiffel. Il y a quelques semaines, j’ai eu la possibilité de rencontrer Romain et Estelle Humeau afin  d’évoquer ce nouveau disque et la pré-tournée qui l’a précédée. Rendez-vous dans la cour intérieure de l’hôtel Alba Opéra pour une demi-heure d’interview. Un premier extrait tourne déjà en radio et sur Internet depuis maintenant plusieurs semaines, Place de mon coeur. D’autres titres (Le même train, Foule monstre, Libre, Frères ennemis, La chanson trouée, Milliardaire…) ont quant à eux déjà été joués sur scène, lors de la pré-tournée du groupe au mois de mai puis lors de son passage au Canada début juin.

A suivre ci-dessous la version brut de décoffrage, sans retouche. Magnéto !

Sur les grandes salles, ça va tout déchirer !

DB : La pré-tournée s’est bien passée ?

Romain : C’est l’impression qu’on a eu de la part des gens, même si nous on sait ce qui reste à faire. Par rapport à avant on a changé un truc, les ear monitors (un système de retour de scène par oreillettes), ce qui fait que l’on avait un son qui n’était vraiment pas dégueulasse, meilleur que d’habitude. Sur les grandes salles, ça va tout déchirer !

Estelle : On voulait tester tout ça sur la pré-tournée et ça a l’air de vraiment bien fonctionner. Après, on a fait des concert vraiment courts, sans beaucoup répéter.

Romain : Le Point Ephémère (Paris), Savigny-le-Temple et Lyon ont été nos meilleurs concerts. Après, il y en a d’autres qu’on a foiré sévère aussi. Là on a joué que 12 titres, mais lors de la prochaine tournée on va être aux alentours de 30 titres.

DB : On a pu y voir un cinquième homme sur scène, bidouiller notamment sur son ordinateur sur les nouveaux titres. Est-ce que vous pouvez le présenter ?

Romain : C’est Fred Ozanne. Il ne s’agit pas d’un nouveau membre du groupe mais d’un musicien additionnel pour la scène.

Estelle : On l’a rencontré après l’enregistrement de l’album.

Romain : Il est Parisien. Il a son projet I’m 7teen qui est vachement bien. Il fera d’ailleurs quelques premières parties d’Eiffel. Il a déjà fait deux tournées avec Dionysos, également en musicien additionnel. On cherchait quelqu’un qui sache lire la musique et qui ait une culture rock. Après, tant mieux si en plus il connait Eiffel.

On a joué aux Katacombes, club goth, devant 150 personnes. Superbe !

DB : Et pour la première fois, vous avez également joué au Canada, aux Francofolies de Montreal.

Romain : Pour nous c’est une superbe expérience. Ils ne nous connaissaient pas puisque A tout moment est sorti 6 jours avant notre premier concert là-bas. Et on a eu que des supers retours, chroniques et accueil du public. Le premier soir, on a joué sur la grande scène Ford devant 2.500 personnes. Le deuxième soir, on a joué aux Katacombes, club goth, devant 150 personnes avec que du percé et du tatoué, avec entrée à 38$. Superbe ! C’était même bien mieux que la veille musicalement. Donc on va y retourner, sans doute en février 2013. De toute façon, on va tourner jusqu’à 2014 je pense.

Estelle : On va aussi aller en Belgique, et peut-être en Suisse, avant la fin de cette année.

DB : Comment se passe la diffusion radio de Place de mon coeur ?

Romain : C’est ce qu’on avait espéré. On sait qu’il n’y a plus de grosses radios, pour nous. Avant il y avait des radios assez nobles comme OüiFM ou Le Mouv’ et des radios de merde comme [***bip***] qui s’est cassé la gueule et ne passe même plus de rock du tout. Or c’est celle-ci qui faisait vendre. On fait donc aujourd’hui avec OüiFM et Le Mouv’ et ça nous va très bien. On sait que le titre va monter en diffusion au moment de la sortie de l’album. Après, on sortir Le même train en deuxième single puis sans doute Chaos of Myself, Lust For Power, Milliardiaire, etc.

DB : Libre a un potentiel terrible, c’est un tube en puissance !

Romain : C’est ce qu’on nous dit.

Estelle : T’es pas le premier à nous le dire, on va y réfléchir.

DB :Quant on lit les crédits de l’album on a l’impression que tu as tout géré toi-même au niveau des arrangements. Pourtant Nicolas Bonnière bidouille aussi pas mal de son côté. Quel a été son rôle dans la conception de cet album, le premier pour lui avec le groupe ?

Romain : Il a apporté son jeu de guitare, sa vision des chansons, ses scratchs et ses Kaoss Pad, des samples de voix, de guitares et de divers éléments existants dans les chansons qu’il a bidouillés. Mais comme d’habitude, j’ai réalisé et écrit l’album.

Estelle : Moi, je n’ai pas travaillé sur toute cette partie électro, ce n’est pas ce qui m’intéresse le plus. J’en suis resté à la flute, au piano, aux chœurs, aux percutions, etc.

DB : Bon sinon on retrouve la famille sur l’album, avec Joe Doherty et Bertrand Cantat. Vous les appelez ils viennent tout de suite ?

Estelle : On se voit tout le temps.

Romain Humeau : On n’a pas à s’appeler, ça peut se décider au détour d’une balade à vélo. Pour Lust For Power, Bertrand a aussi écrit le couplet où il chante. Tous ces gens là apparaîtront peut-être sur la tournée à un moment donné, mais rien n’est encore fait.

Estelle : Phoebe Killder ouvrira pour nous au Trianon à Paris et sur certaines autres dates.

DB : Elle chante aussi avec Romain sur Chaos of Myself. Vous pouvez nous la présenter en quelques mots ?

Romain : Elle est Australienne et elle a fait un album qui s’appelle Innerquake. Elle a vécu en Angleterre, a habité en France et est maintenant à Berlin. C’est Cedric Le Roux, guitariste additionnelle de Deportivo, qui nous a donné son disque. Comme j’avais écris le titre Chaos of Myself en pensant à plusieurs personnages féminins, on l’a donc branchée. Elle connaissait Eiffel, on a sympathisé et ça s’est fait tout simplement.

DB : Pour en revenir au son de Foule monstre, plus je l’écoute et plus il me fait penser à L’éternité de l’instant (1).

Romain : Il y a une part de ça. C’est un album assez riche, qui fait un peu les montagnes russes dans les humeurs à la fois textuelles et sonores, donc c’est vrai que ça peut rappeler L’éternité de l’instant. Par contre il y a un truc qui diffère énormément, c’est que c’est un disque d’Eiffel, d’un groupe. Et puis il y a un postulat, un paradigme : des machines dans tous les titres, y compris dans des chansons aussi intimiste que Milliardaire ou Chamade. On a mélangé le froid et le chaud, mais ça n’a rien d’expérimental, ça reste de la pop. J’aime bien employer le mot pop parce qu’on a fait deux albums rock, Le 1/4 d’heure des ahuris et Tandoori, mais on a toujours été dingues d’harmonies, de paysages oniriques qui restent une formidable clé pour ouvrir la putain de tronche des gens.

Ce serait un grand rêve de sortir nos disques en Angleterre.

DB : Ce qui frappe aussi dans Foule monstre, c’est le mélange des langues, comme c’était déjà le cas avec Oobick & The Pucks (2).

Romain : Plus que d’habitude et, pour une fois, en anglais c’est sérieux. J’ai vraiment bossé mon truc. Pour Lust For Power, que j’avais en tête depuis cinq ans, si je n’avais pas eu l’idée d’écrire le refrain en anglais et qu’on l’avait sorti tel que je le chantais à l’époque, ça aurait donné un truc abominable. Je voulais absolument garder la même mélodie et en français c’était impossible. Pour le reste, c’est un aveu de clairvoyance et d’impuissance, j’en suis au stade où je pense pouvoir écrire des thématiques sur des refrains qui se répètent, simples, qui sont exactement ce que je veux dire. Après, je ne rêve pas en anglais, je ne suis pas Anglais. Puis j’avais aussi cette phrase, « Et tu t’sens comme photo d’indien Cherokee au mur d’un Buffalo Grill », avec l’envie de parler de l’idée de la possession et de l’exploitation des autres et de la soif de pouvoir. Lust For Power, c’est finalement rapé dans les couplets et chanté dans le refrain. Pour le rap, c’est pas mal le français.

Estelle : Et puis en France, il y a souvent des casiers : soit t’es un groupe qui chante en français, soit tu chantes en anglais. Or, on a tous une culture anglo-saxonne qui se mélange avec notre culture de la chanson française.
 Mélanger les deux ne nous parait pas incongru, au contraire !

Romain : Je n’aurais aucun problème, si j’en étais capable, à écrire un disque tout en anglais. Bien sûr tu peux faire un truc de bidouille genre « I love you Baby », mais j’adorerais faire ça. On aimerait bien aller habiter un ou deux ans à Londres, se mettre à penser comme eux.

DB : Et jouer devant des Anglais ?

Romain : C’est prévu, d’aller se faire cracher sur la gueule, parce que ce sont les plus durs. On va sans doute aller se faire quelques pubs en fin de tournée à Londres avec trois Anglais qui nous crachent dessus . Ce serait un grand rêve de sortir nos disques en Angleterre. Tout le monde nous croit franco-français, mais alors pas du tout ! J’adorerais que les chansons d’Eiffel soient traduites et agencées pour que ça donne quelque chose en anglais.

DB : Quelle va être la suite des événements ?

Romain : On va avoir encore quelques jours de promo en septembre, sans compter les trucs genre Taratata ou Ce soir ou jamais qu’on va surement faire.

Estelle : Notre programme c’est de rentrer à la maison, tout à l’heure, pour finir l’album. Car il y a un morceau que tu n’as pas sur l’album.

Romain : Il y a Foule monstre et Puerta Del Angel qui ne sont pas mixés sur ce que tu as. Il y aura aussi un titre caché sur l’album, une connerie que j’ai écrite, qui s’appelle Stuck Inside The Pussy et que chante Nicolas Courret. Il y aura aussi un dernier titre, que je dois encore mixé, Death’s Dance, qui est une danse macabre mais quelque chose de très gai, un morceau abrasif, très rentre-dedans, un peu à la Rock Music des Pixies. Une sorte de goodbye assez long.

DB : A ce propos, Chanson trouée, que j’avais trouvé géniale sur scène, me parait longue sur le disque, mais longue ! Du coup je me même posé la question de savoir si sur scène tu avais chanté tous les couplets.

Romain : Elle était même un peu plus longue, mais ça ne bougera plus. Il y a juste « nous, rois de rien, princes de nulle part » où on fera participer le public, sans putasserie, juste parce que ça vaut le coup. Donc celle-ci sur le disque elle t’as cassé les couilles en fait ?

DB : Non ! Enfin, la dernière minute, ouais.

Romain : D’accord (rire) !

DB : En tout cas Chamade, j’adore, bien plus que sur scène, au Zénith en 2010.

Romain : C’est normal, c’était le squelette de la chanson.

Damon Albarn, c’est « the » génie.

DB : Pour finir, quelle est votre playlist du moment ?

Romain : Dr Dee de Damon Albarn.

DB : Toujours Damon Albarn donc. On s’était vu il y a quelques années (3) et tu me répondais déjà que t’étais dingue de Gorillaz.

Romain : Tom Waits aussi, Avishai Cohen… Pas du rock, en fait. On écoute aussi de plus en plus la radio et j’adore le titre de Barbara Carlotti, L’amour, l’argent, le vent, je trouve ça super beau. The Do aussi, ils ont fait un putain d’album, c’est magnifique. Dans le genre classique qui n’invente rien sous le soleil, ça fait du bien aussi de se mettre un bon Hives dans les dents.

Estelle : Et comme on revient du Québec, Plume Latraverse, que personne ne connaît en France mais qui est une véritable star là-bas. Et sinon, Camille, Philippe Uminski. Et puis on écoute aussi beaucoup de flamenco, puisqu’on a une fille qui est fan.

DB : Et Jack White ?

Romain : Alors moi je suis déçu. J’adore ce mec, mais je préfère cent fois The Raconteurs. Moi, ce qui m’épate vraiment, je me répète, ce sont tous les projets de Damon Albarn. C’est « the » génie, la correspondance directe avec Lennon/McCartney. Et puis il met son fric où il faut, dans la création. Dr Dee, c’est à tomber !

Stop. Le reste est Off !

Après quelques dates et festivals cet été, la tournée du groupe commencera officiellement le 4 octobre à Montpellier. Une quarantaine de dates d’ici la fin de l’année, essentiellement dans des clubs de 500 à 1.000 places.

(1) : L’éternité de l’instant est le remarquable et unique album solo de Romain Humeau, sorti en 2005.
(2) : Oobick & The Pucks est le nom du groupe avec lequel Romain, Estelle et Nicolas Courret (accompagnés à l’époque de Frédéric Vitani à la basse) ont sorti leur premier disque en 1996. C’est après s’être fait virés comme des malpropres de chez Warner que le groupe prendra le nom d’Eiffel.
(3) : à l’occasion du Festival Les Aventuriers, à Fontenay-sous-Bois (94). Relire l’interview…

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© photo : Franck Loriou

Journaliste high-tech, automobile et rock n’ roll.
Actuellement rédacteur au sein du fil France de l’agence de presse Relaxnews.

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