Jochen Mass : « Sauber-Mercedes, c’est la nostalgie de la jeunesse perdue »

Ils sont 16 pilotes à pouvoir se targuer d’avoir remporté dans leur carrière au moins un Grand Prix de Formule 1 et une fois les 24 Heures du Mans. Parmi eux figure l’Allemand Jochen Mass, que j’ai eu le plaisir d’interviewer à l’occasion du rassemblement Le Mans Classic et dont je trace le portrait dans le tout dernier numéro d’Etoiles Passion, actuellement en kiosque. Sans trahir le contenu de cet article, voici un aperçu de ce que le pilote allemand m’a raconté à propos de ses quatre années passées chez Sauber-Mercedes et sur son rôle d’ambassadeur pour la marque allemande depuis.

DB : Comment vous êtes-vous retrouvé à travailler pour Sauber et Mercedes ?

Jochen Mass : A la fin de 1987, une bonne année pour moi, j’ai été invité par Mercedes à faire des essais à Jerez et ça s’est tout de suite bien passé.

DB : Quelles ont été les raisons du forfait de l’équipe aux 24 Heures du Mans en 1988 ?

JM : Les pneus Michelin n’étaient pas trop compatibles avec la voiture. Elle était bien chargée et les pneus travaillaient trop. On fini par exploser un pneu en ligne droite, ce qui est très dangereux et donc on n’a finalement pas participé à la course. Finalement c’était davantage un problème de communication que technique.

DB : Quelle était précisément l’implication de Mercedes dans le programme Sauber ?

JM : Les années avec Sauber étaient drôles au regard du développement parce qu’au début c’était une petite équipe, d’une douzaine de personnes, c’était bien. En 1988, Mercedes n’était pas très impliqué, excepté quelques ingénieurs évidemment. C’est ensuite progressivement devenu de plus en plus une équipe d’usine.

DB : Quels souvenirs gardez-vous des fabuleuses C9 et C11 ?

JM : La C9 était moitié aluminium moitié carbone. C’était une voiture entre les Porsche 962 et la C11. La Porsche était supérieur en matière de confort, mais la C11 était moins fatigante à conduire. Elle était très rapide. Au Castellet, j’avais un repère, à 352km/h. Quelques années plus tard j’ai fait un test avec Williams et au même endroit le compteur affichait 347km/h. La C11 était beaucoup plus légère et vite, mais malheureusement ça s’est terminé fin 1991.

DB : Quelles étaient vos relations avec Jean-Louis Schlesser ?

JM : Jean-Louis Schlesser était super. J’étais le seul avec qui il parlait français. Très bon pilote, intelligent, un peu égoïste aussi.

DB : Comment définiriez-vous votre rôle de mentor auprès de la Junior Team de Mercedes en 1990/91 ?

JM : On m’a demandé si je voulais conduire avec les trois jeunes. Jean-Louis Schlesser avait déjà dit non. J’ai réfléchi une demi-heure et je me suis dit que j’étais en fin de carrière et que c’était peut-être une bonne chose à faire. J’étais leur mentor, mais pas pour la conduite car ils étaient déjà plus rapides que moi. Heinz-Harald Frentzen était peut-être celui qui avait le plus de talent, mais Michael Schumacher était plus réfléchi sur tous les détails pour améliorer la voiture avec les ingénieurs. Mon rôle était de les intégrer dans une équipe d’usine, où il y a une certaine discipline à respecter, de les aider à gérer des courses de 6h ou de 1000km. Nous échangions nos idées et c’était bien.

DB : Quels souvenirs conservez-vous de cette époque ?

JM : C’est la nostalgie de la jeunesse perdue. Mon seul grand regret, c’est de ne pas avoir gagné Le Mans avec la C11 (avec Jean-Louis Schlesser et Alain Ferté), une merveille de voiture avec laquelle nous étions largement en tête. Notre mécanicien a vu sur les ordinateurs que ça chauffait trop, mais il a eu peur d’arrêter notre voiture parce que notre chef d’équipe était à ce moment-là aux toilettes !

DB : Vous avez eu la chance de conduire les Titans des années 30…

JM : Oui. La 25 est une voiture très facile à conduire, un peu comme une Coccinelle très puissante, qui tient bien la route et sous-vire un peu. On peut faire ce qu’on veux avec. La 125 est beaucoup plus brutale avec ses 650ch. Je l’ai encore conduite le week-end dernier à Goodwood au Festival of Speed. La 154 était une voiture bien plus moderne, plus basse. Aucune comparaison avec les F1 moderne. Avec tous ces boutons sur le volants, je suis complètement perdu. En 1995, j’ai roulé à Monza avec la 195, pour la TV allemande. J’ai fait six tours avec la cravate et les lunettes de soleil. C’était une merveille parce qu’il y avait beaucoup de monde mais je n’entendais que le bruit de ma voiture, je pouvais faire des glissades avec. C’était une expérience très émouvante, fantastique […] Je préfère les circuit avec les cailloux sur la route, les murs de paille et les spectateurs derrière, comme avant. Ces voitures étaient faite pour ces conditions.

DB : Un mot sur le retour de Mercedes en F1 ?

JM : Il faut vraiment différencier Mercedes et Mercedes F1, qui sont deux entités différentes. A part les pilotes et le directeur, cette équipe n’est composée que d’anglais. Dans le temps il s’agissait de l’usine Mercedes et toute l’entreprise était impliquée. Maintenant c’est une bonne équipe mais ce n’est plus pareil.

Cet entretien s’est déroulé en toute convivialité au club Mercedes-Benz de France, en compagnie de Hans Herrmann et de Klaus Ludwig, assis à nos côtés.

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Journaliste high-tech, automobile et rock n’ roll.
Actuellement rédacteur au sein du fil France de l’agence de presse Relaxnews.

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