La F1 a-t-elle touché le fond ?

Le manufacturier de pneumatiques Pirelli a annoncé qu’à compter du GP du Canada (du 7 au 9 juin) il allait faire marche arrière et  proposer à l’ensemble du plateau des gommes plus solides et endurantes, ne nécessitant que deux voire trois arrêts au stand grand maximum durant la course. Cette volte-face est la conséquence du flot de critiques, provenant aussi bien des écuries (à l’exception notable de Lotus), des observateurs et des fans, qui a suivi le dramatique Grand Prix d’Espagne, dimanche dernier. Et c’est tant mieux, tant la situation devenait de plus en plus que grotesque, jusqu’à mettre en péril l’essence même de la course. Qu’est-ce qui en tourne pas rond ?

Pirelli le trouble-fête

Le résumé de ce début de saison 2013 tient en peu de chose : Pirelli distribue des gommes moisies aux écuries qui s’en accommodent tant bien (Lotus, parfois Ferrari) que mal (Mercedes, McLaren et, à un niveau moindre, Red Bull). Il en ressort une usure extraordinaire des pneus, lesquels parfois déchapent voire même crèvent, avec des conséquences absolument détestables comme des pilotes refusant de courir en Q3 ou des ingénieurs obligés de demander à leur pilote de lever sciemment le pied en course, tout ça dans le seul but d’économiser ses pneus. D’une course de pur sprint on bascule soudainement en épreuve d’endurance, le paroxysme ayant été atteint lors de ce sinistre Grand Prix d’Espagne.

Résultat : peu de bonnes choses à se mettre sous la dent depuis le début de la saison et des courses très compliquées à suivre avec une majorité de protagonistes roulant « à l’économie » et des arrêts aux stands à n’en plus finir. Les résultats des courses ne sont plus fonction des performances des pilotes ou des voitures mais de la bonne gestion ou non des pneus. La F1, ça n’est pas ça !

Le modeste coup de gueule que je pousse aujourd’hui n’est qu’un écho supplémentaire à une vague de protestation, de grogne, qui se fait sentir à l’intérieur du paddock, avec en première ligne Red Bull, que l’on peut difficilement qualifier de mauvaise perdante, l’écurie étant (malgré tout) en tête des deux championnats du monde. Petit florilège :

Tout le monde voit bien ce qui est en train d’arriver. Cela n’a plus rien à voir avec de la course. C’est une compétition basée sur la gestion des pneus. La course automobile, c’est autre chose. Dans ces circonstances, il est impossible de tirer le meilleur de notre voiture et de nos pilotes. Les qualifications sont trnquées et il n’y a plus de bataille pour la pole, tout le monde économisant ses pneus pour la course. Si nous tirions le maximum de notre voiture, nous devrions nous arrêter huit ou dix fois par course, selon le circuit – Dietrich Mateschitz

La F1 ressemble aux échecs à présent, et les échecs ne sont pas un sport qui compte beaucoup de fans – Christian Horner

Pirelli ne peut plus continuer de la sorte. Toutes les deux semaines, ils ne récoltent que de la publicité négative – Gerhard Berger

Pour en revenir à ce Grand Prix d’Espagne, quelle tristesse ! Je m’intéresse à la Formule 1 depuis le milieu des années 80 et je ne me rappelle pas avoir été aussi « détaché » durant un week-end de course, à tel point que j’ai même laissé tomber l’affaire et délaissé quelques minutes l’écran plusieurs fois durant la course tant le « spectacle » offert était lamentable. Au final je n’ai pas manqué grand chose de ce qui ne ressemblait en rien à un Grand Prix de F1. A l’exception de Fernando Alonso, Felipe Massa et Kimi Raïkkönen, tous les pilotes ou presque ont dû rouler « sur des oeufs » durant la majeure partie de l’épreuve afin d’économiser leurs pneus, nonobstant les qualités de leurs monoplaces ! Je n’imagine même pas la frustration de battants comme Sebastian Vettel ou Lewis Hamilton après ce qu’il convient de qualifier de fiasco. Attention, toutes ces critiques n’enlèvent absolument rien au mérite des vainqueurs, de Fernando Alonso et de Ferrari, remarquables tout au long du week-end.

Ca ne tourne décidément pas rond

Ce ras-le-bol lié aux pneus est symptomatique d’une F1 qui va mal, depuis des années. Cela s’ajoute en effet à tout un tas de (plus ou moins gros) problèmes que rencontrent la discipline. Citons pêle-mêle une formule de plus en plus monotype, la faute à un règlement technique hyper-strict interdisant toute initiative et prise de risque, et des protagonistes à l’aspect bien propret et aux discours aseptisés.

Bref. Rendez-vous au Canada où Pirelli promet donc de revenir à une structure de pneumatiques plus proche de ce qu’elle produisait l’an dernier. Pourvu que ce ne soit pas du bluff et que les pneus retrouvent leur rôle, important sans être crucial, en toute sécurité. D’ici là, souhaitons que le Grand Prix de Monaco nous propose une course décente, à la hauteur de l’événement.

Dans ce contexte, rien d’étonnant qu’avec le temps l’IndyCar soit devenu ma discipline favorite.

À lire absolument…

© photo : Pirelli

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Journaliste high-tech, automobile et rock n’ roll.
Actuellement rédacteur au sein du fil France de l’agence de presse Relaxnews.